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L'accompagnement logistique du commerce électronique

(Paul Soriano / Jean-Rémi Gratadour)

Ce document a fait l'objet d'un publication dans le rapport de Monsieur Francis Lorentz : "La nouvelle donne du commerce électronique : réalisation 1998 et perspectives"

Sommaire de l'article

Définitions
Logistique : le " grand intégrateur " du commerce ?
Logistique et commerce électronique ?
Le diagnostic met en évidence :
Les événements significatifs de l'année 1998
Quels besoins logistiques de base pour le commerce électronique ?
Au-delà...
Recommandations et propositions d'actions
Notes

LA NOUVELLE DONNE DU COMMERCE ÉLECTRONIQUE :
RÉALISATIONS 1998 ET PERSPECTIVE


GROUPE DE TRAVAIL 8

L'accompagnement logistique du commerce électronique

Animateurs : Paul SORIANO et Jean-Rémi GRATADOUR
Nouveau sujet étudié en 1998

DéfinitionsHaut de page

Par " logistique ", le groupe entend " activité de gestion des flux matériels entre une entreprise, ses fournisseurs et ses clients (collecte, acheminement et distribution) ", enrichie par des " prestations logistiques " (au sens étroit du terme) :

- logistique amont : gestion de stock, préparation de commandes, etc....

- logistique aval : jusqu'à la logistique inverse(1) et le service après-vente (SAV)...

- services dérivés : tracing and tracking et autres services d'information (y compris les services d'information sur l'offre logistique).

- Commerce électronique : par commerce électronique, le groupe entend essentiellement dans ce document la vente de produits à partir d'un serveur marchand sur Internet(2).

Nous nous sommes plus particulièrement intéressés à la situation des petits et moyens " cybercommerçants ", ainsi qu'aux acteurs de l'offre d'environnements intégrés de commerce électronique ouverts à ces cybervendeurs. Les grands acteurs du commerce électronique, présumés " équipés " en matière logistique, font néanmoins l'objet d'une attention particulière en tant que modèles, l'objectif d'une offre logistique adaptée au commerce électronique étant d'offrir à tous les cybercommerçants des prestations comparables à celles dont bénéficient les grands du commerce électronique.


Logistique : le " grand intégrateur " du commerce ?Haut de page

La logistique est une activité en fort développement, quantitatif (avec des taux de croissance à deux chiffres à l'échelle mondiale et notamment européenne) et aussi qualitatif, avec une intégration logistique de plus en plus ambitieuse, comme l'exprime assez bien ce slogan : " du fournisseur de votre fournisseur au client de votre client ". Au point que le client de la logistique (industriel ou distributeur) apparaît parfois comme un simple élément d'une chaîne de valeur pilotée par le logisticien.

La logistique est une activité particulièrement représentative des grandes mutations actuelles de l'économie planétaire : mondialisation, intégration européenne, impact des NTIC, externalisation des fonctions non essentielles de l'entreprise jusqu'à la reconfiguration logistique de l'entreprise élargie (de l'usine délocalisée, clés en main, à l'usine démontable).
Les autres évolutions notables dans la logistique sont la spécialisation sectorielle (automobile, pharmacie, high tech...), l'extension des zones géographiques d'intervention (à l'Europe, au monde...) et la différenciation entre les prestations d'intégration logistique par les systèmes d'information (infogistique ?) et les prestations logistiques opérationnelles (notamment le transport). Enfin, les logisticiens sont de plus en plus couramment appelés à assumer le management du risque : garantir la continuité du processus logistique quels que soient les événements et incidents, techniques, sociaux, voire politiques (en matière de délocalisations par exemple).

Chez les acteurs on observe une tendance à la concentration (fonctionnelle, géographique...), coexistant avec une forte atomisation des prestataires (notamment dans le transport), et la constitution de réseaux d'entreprises prestataires (modalité particulière d'une concentration souple dans le secteur de la logistique).

L'Europe - où le chiffre d'affaires proprement logistique(3) est estimé à 180 milliards de francs, 30 milliards d'euros - est le théâtre le plus agité des grandes manœuvres dans le secteur de la logistique(4). En France, les leaders produisent autour de 2 milliards de chiffre d'affaires, les 20 premiers acteurs pèsent de l'ordre de 12 milliards de francs (en Grande-Bretagne, pays en pointe, les 10 premiers pèsent de l'ordre de 35 milliards de francs)(5).
Les clients principaux de la logistique sont la grande distribution, l'automobile, la pharmacie et les industries high tech.

Logistique et commerce électronique ? Haut de page

Dans ce paysage impressionnant, la réalité actuelle (sinon les enjeux) du " commerce électronique ", au sens étroit où nous l'avons défini, peut sembler modeste (un chiffre d'affaires mondial qui se mesure encore en milliards d'euros). On peut même considérer ce type de commerce électronique comme une simple occurrence particulière d'une reconfiguration générale de l'économie autrement plus spectaculaire et déjà largement engagée, où la logistique joue un rôle structurant de " grand intégrateur ". On peut aussi en tirer une première conclusion " rassurante " pour le développement du commerce électronique : les dispositifs et les acteurs logistiques capables de faire face à un croissance massive du commerce électronique existent...

Néanmoins, si l'on renvient aux " cybercommerçants " et aux galeries marchandes qui prétendent leur offrir un environnement intégré de commerce électronique, l'accompagnement logistique du commerce électronique apparaît généralement défaillant.

Ce diagnostic et les recommandations qui en résultent sont fondés, d'une part sur une enquête auprès d'un échantillon d'acteurs (enquête menée pour la commission logistique et commerce électronique Afcee-Irepp par Syrcom-Gmsa(6)) et, d'autre part, sur l'analyse de l'offre logistique (ou " livraison ") d'une cinquantaine de serveurs commerciaux en ligne.

Le diagnostic met en évidence :Haut de page

Une faible sensibilisation des acteurs, non seulement des commerçants, mais ce qui est plus surprenant, des fournisseurs d'environnements de commerce électronique.

Pour les sociétés interrogées sur les conditions préalables au développement du commerce électronique, le facteur logistique n'intervient qu'en onzième position (7% des réponses), très loin après les facteurs des paiements sécurisés (43%) et d'amélioration de la qualité du réseau (21%). Ces sociétés ne semblent donc pas percevoir a priori la logistique comme une condition préalable critique. Pourtant, parmi les entreprises à qui ont demande de choisir parmi une liste de moteurs et de freins au développement du commerce électronique, 57% mentionnent logistique, ce qui place ce facteur au quatrième rang après l'existant logiciel, le taux d'équipement des entreprises et des particuliers et la sécurité des transactions. Si l'on fait un pas supplémentaire et que l'on demande aux entreprises si la logistique est une composante importante du commerce électronique, alors les trois quart répondent positivement. Lorsqu'on leur demande ensuite si l'offre logistique doit être adaptée aux besoins du commerce électronique, on obtient d'une part un fort taux de " ne sait pas " (34%) et d'autre part un pourcentage important de réponses positives (46%). Plus remarquable encore, à la question portant sur les lacunes et les forces de l'offre logistique actuelle, on obtient un pourcentage record de " ne sait pas ", respectivement de 46% et 43%. Lorsqu'on leur demande enfin de décrire les éléments clés de l'offre logistique attendue, les points mis en avant sont dans l'ordre : la qualité de service (78%), les délais d'acheminement rapides (69%), la simplicité d'accès (68%), la couverture mondiale (57%) et les prix (54%).

De ces différentes données on peut donc tirer le constat que la logistique n'est pas, a priori, perçue comme une composante importante du commerce électronique. Par contre, dès lors qu'on interroge spécifiquement sur la logistique par comparaison avec les autres facteurs de développement, la tendance se renverse et la logistique devient un facteur déterminant.

De leur côté, les " logisticiens " questionnés semblent encore peu convaincus/motivés par le nouveau courant d'affaires qui pourrait être engendré par les PME qui s'engagent dans le commerce électronique.

Une offre souvent lacunaire. Peu visible, embryonnaire, loin de toute optimisation (délais de traitement des commandes excessifs par rapport aux délais de livraison) : même sur des serveurs relativement bien pourvus en matière de prestations de livraison, on observe un écart désormais choquant entre les conditions de livraison (prix, délais) sur le territoire national et sur le territoire européen(7). La fameuse réduction des coûts de transaction - coûts de distribution - se traduit rarement par des réductions de prix significatives pour le consommateur.

Il en résulte une forte disparité des tarifs de livraison en fonction des produits et des sites, (illustrée par le tableau n°1 à la fin de ce document) : de quelques pour cents (pour les produits de luxe par exemple où le coût de livraison est marginal) à des taux proprement aberrants (pour des produits de faible valeur unitaire, dont la livraison à domicile est dépourvue de sens économique).


Les événements significatifs de l'année 1998Haut de page

Néanmoins, l'année 1998 a connu plusieurs événements significatifs pour l'activité logistique en général et dans la perspective d'une amélioration de l'accompagnement logistique du commerce électronique.

En ce qui concerne l'activité logistique, on mentionnera le contrat d'externalisation signé en octobre 1998 entre GEODIS(8) et IBM, contrat dont le montant (5 milliards de francs sur cinq ans) situe assez clairement les enjeux de la fonction.
L'Association française pour le commerce et les échanges électroniques a créé une commission Logistique et commerce électronique dont les travaux ont alimenté la présente note.
1998 a vu la montée en puissance d'un modèle de vente en ligne de produits informatiques (Apple, Dell, Gateway 2000) appuyé sur une logistique à valeur ajoutée, touchant à l'assemblage du produit final (Dell) ainsi qu'au service après-vente, donc à la logistique inverse (Gateway 2000).

A la fin de l'année, on a assisté à des prises de position spectaculaires d'opérateurs postaux européens(9) : rachats et prises de participations dans des entreprises privées de transport et de logistique, accords de partenariat entre opérateurs nationaux... Ces grandes manœuvres sont d'une importance capitale puisqu'elles tendent à réduire le handicap des opérateurs postaux vis-à-vis du commerce international (et du commerce électronique).

Au plan national, on notera que les services en ligne et le commerce électronique en particulier sont inscrits au rang des priorités stratégiques dans le contrat de plan (juin 1998) entre l'Etat et l'opérateur postal, avec mention explicite de la nécessité du développement de partenariats, alliances et prises de participation et d'une plus large ouverture à l'international. Dans cette perspective, on mentionnera aussi la création d'une direction des nouvelles technologies, la nomination d'un responsable commerce électronique à la direction des colis et de la logistique, la prise de participation dans une entreprise de logistique (Publi Trans), ainsi que la référence désormais systématique au commerce électronique dans l'offre des filiales spécialisées du groupe La Poste (notamment Chronopost). Sans oublier les prises de positions de l'opérateur national dans le cadre des " grandes manœuvres " évoquées ci-dessus(10).

On a assisté, toujours en 1998, à l'émergence encore modeste mais significative, de nouveaux services en ligne, orientés vers la présentation de l'offre logistique (voir le serveur Cargohub de WebTrans) ou des prestations visant spécifiquement la fonction logistique du commerce électronique : Post-Up (gestion back-office des process logistiques personnalisés en fonction des besoins du marchand) et E-pack, une start-up qui propose un interface complet de gestion de la fonction logistique et transport destiné prioritairement aux cybercommerçants isolés.
Un nouveau service de librairie en ligne, " Alibabook(11) ", mérite d'être signalé pour l'importance donnée aux conditions de livraison(12) dans la présentation du site, ainsi que la gratuité pour toute livraison (délai de 48 heures, par la poste) à l'intérieur du territoire français.


Quels besoins logistiques de base pour le commerce électronique ?Haut de page

Avant même d'envisager une offre logistique intégrée, le commerce électronique attend à tout le moins la satisfaction de besoins élémentaires en matière de livraison :

  • couverture géographique : France, Europe, reste du monde ;
  • délais : délai de livraison(13) et délai total intégrant la préparation de commande ;
  • modalités de livraison(14) ;
  • contraintes particulières, liés à la nature du produit commercialisé ;
  • assurances et formalités, douanières, fiscales, réglementaires ;
  • modes de facturation de la prestation logistique-transport au consommateur final;
  • services dérivés éventuels : suivi de livraison... gamme de prix clairement articulée avec les différents niveaux de performances suivant les critères élémentaires ci-dessus et leur combinaison.

S'agissant des délais (et des prix y afférents) on notera qu'ils sont largement déterminés par la nature du produit acheté, avec bien souvent des délais " intuitivement " attachés à un type de produit : la semaine (pour le livre, par exemple), la journée (produits alimentaires périssables), le juste-à-temps (pour la livraison d'un repas). Cette échelle de temps " normale " peut être éventuellement modifiée par une exigence spécifique (se faire livrer tel livre avant 18 heures) justifiant des options " haut de gamme ".

Schématiquement, si l'on combine les différentes modalités de collecte, acheminement et distribution, on obtient une trentaine de niveaux théoriques de prestations, de la plus sommaire au très haut de gamme (enlèvement exprès, acheminement par express et distribution à domicile par exprès) ce qui suggère des niveaux de coût et de prix de prestations de livraison plus diversifiés que ceux que l'on rencontre aujourd'hui.

Les situations commerciales déterminantes pour le contenu et la structure d'une offre logistique " généraliste " sont en nombre fini et sans doute restreint. Ce qui permet d'espérer des progrès rapides et significatifs du seul fait de la mise en relation des opérateurs de commerce électronique et d'opérateurs de transport-logistique ad hoc.

Au total, l'accompagnement logistique du commerce électronique nécessite une offre présentant les caractéristiques essentielles suivantes :

* complète, c'est-à-dire couvrant l'ensemble de la chaîne de livraison pour une transaction donnée ;
* homogène, c'est-à-dire sans rupture de charge entre les différentes phases du processus logistique (des performances logistiques homogènes " de bout en bout ") ;
* diversifiée, c'est-à-dire capable de s'adapter aux différentes situations rencontrées, par les niveaux de prestation et les prix correspondants ;
* claire, avec une présentation des conditions de livraison, au même niveau de visibilité que, par exemple, les modalités de paiement.

 



Au-delà...Haut de page


Au-delà de la construction d'offres logistiques adaptées aux besoins de base du commerce électronique, le développement de la logistique engendre(ra), comme on l'a vu, des restructurations industrielles et commerciales plus importantes où la logistique semble devenir la fonction intégratrice par excellence. Pour mémoire : " du fournisseur de votre fournisseur au client de votre client "... et retour par la " logistique inverse " (reverse logistics).

La logistique permet désormais de mettre en œuvre un nouveau modèle de distribution, qu'on peut qualifier de " global localisé "(15), avec zone de chalandise globale et plates-formes logistiques locales participant à l'assemblage final du produit et à d'autres opérations (co-packing, co-manufacturing, " différenciation retardée " du produit...). Ce modèle peut être illustré par le bouquet de fleurs(16). C'est celui qu'ont expérimenté des constructeurs informatiques en partenariat avec un logisticien et qui concerne aussi tous les produits dont la livraison autorise un arbitrage entre transport matériel et transport d'informations (l'édition en particulier)(17).

La logistique ravive la concurrence des territoires. Si la logistique tend à devenir le " grand intégrateur " des chaînes d'approvisionnement - fabrication - distribution, cela signifie qu'elle assume désormais, en termes de performance économique, non seulement le " structurel " (optimisation de la gestion des flux), et le " conjoncturel " (capacité à faire face aux fluctuations " normales " de l'activité qu'elle intègre, variations saisonnières d'activité, par exemple), mais aussi l' " événementiel " : faire face, sans solution de continuité, à tout incident technique, social ou politique, répondre à tout revirement stratégique du client (délocalisation d'une unité de production ou d'assemblage(18) ...). En " fluidifiant " radicalement les processus d'approvisionnement-production-distribution, la logistique contribue à aviver la concurrence des territoires, avec les conséquences qu'on peut imaginer, sur l'emploi notamment.

Par ailleurs, la frontière entre " commerce de détail " (la distribution commerciale classique) et la vente à distance s'estompera. Bien loin que le commerce électronique rende obsolète la " distribution traditionnelle ", le niveau de performance logistique atteint par cette dernière (ou, plus exactement, par ses prestataires logistiques) la positionne en référence. Mutatis mutandis, on observera aussi que ce sont les grandes industries " traditionnelles " (automobile ou pharmacie) qui établissent l'étalon de performance logistique dans le BtoB.
S'il faut admettre qu'à bien des égards, " le commerce électronique, c'est de la logistique ", inversement, c'est l'électronique - infogistique ? - qui rend possible la réorganisation des processus de distribution par la logistique. A terme la notion même de " commerce électronique " pourrait disparaître... du fait même de sa banalisation (l'électronique de bout en bout dans les processus commerciaux...).



Recommandations et propositions d'actionsHaut de page


Trop souvent encore, la logistique et le transport sont considérés comme des activités annexes et secondaires d'une activité industrielle principale, ce qui correspond de moins en moins à la réalité : la logistique est aujourd'hui particulièrement " stratégique " pour la recherche de la compétitivité et la localisation des activités économiques, tous secteurs confondus.

Instituer la logistique en discipline majeure de l'économie d'entreprise
A l'évidence, la logistique - et plus particulièrement l'infogistique(19) - doit être considérée comme une discipline majeure dans la théorie et les pratiques de l'entreprise, et donc dans les enseignements qui en relèvent(20).
Une attention particulière doit être portée aux questions de normalisation, notamment informatique(21), ainsi qu'à la mise à niveau des PME, dont beaucoup pourraient se trouver exclues des montages organisés par les donneurs d'ordres et leurs logisticiens si elles ne sont pas capables de respecter le " cahiers des charges " logistique.

Sensibiliser, informer, former les acteurs du commerce électronique
La faible sensibilisation des acteurs du commerce électroniques aux questions soulevées ici suggère de développer leur information et leur formation : celles des offreurs de solutions de commerce électronique mais aussi celle des (futurs) cybercommerçants afin de les conduire à formaliser précisément le type de prestation logistique attachée au produit qu'ils souhaitent commercialiser en ligne.

Entre autres, nous recommanderons à l'Association française pour le commerce et les échanges électroniques de " pérenniser " le thème logistique et commerce électronique dans la voie ouverte par la commission du même nom, à travers la diffusion de ses travaux, l'ouverture d'une rubrique ad hoc dans l'Observatoire du commerce et des échanges électroniques et le vade-mecum du commerce électronique, et une collaboration renforcée avec EdiFrance dans ce domaine (dans la mesure où l' " infogistique " relève largement de l'EDI).

Rapprocher opérateurs de commerce électronique et opérateurs de logistique-transport
Un opérateur de commerce électronique (une galerie commerciale en ligne) rencontre aujourd'hui en matière d'offre logistique un problème de manque d'information sur les besoins de ses clients (les " marchands "), comme sur les exigences des consommateurs (les clients de ses clients). D'où l'intérêt de s'associer avec un opérateur logistique-transport " généraliste " dont l'offre est suffisamment large et diversifiée pour faire face aux besoins de base, avec engagement de faire face, par ses propres moyens ou par des ressources externes, à toute demande économiquement consistante de prestation logistique introduite par un client de la galerie.
Une alternative pourrait consister à se tourner vers une des nouvelles sociétés de services qui se proposent de gérer l'interface entre le cybercommerçant et le logisticien-transporteur (nous avons déjà cité la société E-Pack comme exemple de ce nouveau type de prestataires). Cette approche nous paraît viser plutôt des cybercommerçants isolés ou des galeries ne souhaitant pas présenter d'offre logistique-transport.

Positionner les opérateurs postaux
Parmi les " opérateurs généralistes " mentionnés ci-dessus, les opérateurs postaux semblent posséder des arguments importants :
* densité-capillarité de leur réseau de collecte et de distribution (national)
* offre " large spectre " : du bas de gamme au très haut de gamme (express + exprès), des produits spécialisés BtoB, parfois des prestations logistiques, que cette offre soit le fait de l'opérateur lui-même, de ses filiales, de ses " marques(22) " spécialisées...

Ces opérateurs tendent à combler leur handicap principal (modeste présence internationale) en développant des offres territorialement élargies, dans le cadre des " grandes manœuvres " en cours dans ce secteur. Beaucoup devront néanmoins se mettre à niveau en matière de systèmes d'information logistiques(23) et se montrer capables de respecter les obligations de continuité et de qualité de service de plus en plus strictes dans ce secteur d'activité.

Mais la recommandation la plus immédiate aux opérateurs postaux concerne le " chaînon manquant ", à savoir le développement d'offres européennes homologues à leurs offres nationales de " milieu de gamme "(24), ce qui passe nécessairement par des accords entre opérateurs européens.

Élargir la couverture territoriale à l'international (extra-européen)
Le développement d'offres internationales plus larges peut être réalisé à travers des accords entre opérateurs postaux et opérateurs de messageries express(25), l'important étant de pouvoir combiner large couverture territoriale, délais garantis, capillarité du réseau de collecte-distribution et tarifs inférieurs à l'option haut de gamme actuelle de l' " l' express + exprès ".

Développer des offres logistiques à valeur ajoutée
Au-delà, le développement d'une offre de services logistiques à valeur ajoutée (logistique amont et aval, retours, service après-vente...) pourra être progressivement mise en œuvre à partir de l'offre de services de base, mais de manière pragmatique, à travers l'analyse continue et la formalisation des besoins exprimés par les cybercommerçants face aux demandes et comportements des consommateurs. Cela, par exemple, dans le cadre du partenariat entre l'opérateur de commerce électronique et le prestataire de logistique-transport(26).

Aspects réglementaires et douaniers
Les formalités douanières et fiscales et les autres aspects réglementaires du commerce (électronique) international concernent au premier chef les logisticiens puisque le traitement de ces formalités fait partie de la gamme des services rendus par le logisticien à son client (cybercommerçant). Précisons toutefois que, du point de vue logistique, deux recommandations se dessinent :
la simplification et la clarification des règles et des modes de calcul ;
la poursuite de l'interfaçage des outils informatiques des administrations concernées avec les systèmes d'informations des prestataires - ce qui revient à intégrer ces formalités dans la chaîne de valeur intégrée logistique.
Présenter et mettre en valeur l'offre logistique-transports.

De manière générale, l'information consommateur sur les sites marchands est souvent insuffisante(27) (coordonnées du marchand, conditions générales de vente, etc.). C'est plus particulièrement le cas des informations relatives aux conditions générales de livraison. Ces dernières doivent figurer sur le site " au même rang " que les informations sur les modalités de paiement(28).

Ces informations portent sur les critères de base de l'offre, tels que recensés ci-dessus : couverture géographique, délais (complets), modalités de livraison et prix associés aux différentes combinaisons. Si, pour la plupart des produits, les combinaisons possibles restent en nombre réduit(29), il serait judicieux de permettre au client d'évaluer lui-même, en ligne, le coût de différentes options, pour une commande donnée.

Par ailleurs, la prestation logistique devrait devenir un élément essentiel du contrat entre la galerie marchande et le cybercommerçant (ou son partenaire logisticien-transporteur), ainsi qu'un élément de labellisation du site et du commerçant.



Notes Haut de page

1. Logistique inverse ou reverse logistics, du client vers le fournisseur (retours, SAV...)
2. Cette définition est délibérément restrictive : en effet, si l'on qualifie d' " électronique " une activité commerciale dont la chaîne de valeur comprend des transactions électroniques (EDI, par exemple), alors c'est la quasi totalité de l'activité commerciale qui pourrait, à brève échéance, être qualifiée d' " électronique ".
3. Hors prestations de transport " pur ".
4. S'agit-il de rattraper un retard européen ? Aux Etats-Unis, 60% des entreprises sous-traiteraient leur logistique contre 20% en France.
5. Sur le " paysage " et les acteurs de la logistique en France, on pourra se reporter au numéro de décembre de la revue Logistiques Magazine : " le top 100 des prestataires logistiques ".
6. Le fichier de départ était composé de 733 sociétés identifiées à partir de fichiers fournis par des organismes représentatifs des professions du commerce électronique et/ou de la logistique (Afcee, Aftel, SITL, EdiFrance, e-business...). Au total 380 sociétés ont répondu au questionnaire. Les personnes interrogées étaient, prioritairement, le responsable du service en charge des nouvelles technologies dans l'entreprise ou, si ce service n'existait pas, le directeur marketing ou le directeur commercial. Afin de mieux toucher le cœur de cible des acteurs sondés, nous avons introduit une question préliminaire concernant le degrés d'implication dans le commerce électronique. Celle-ci a permis de faire un tri ramenant à 312 le nombre d'acteurs interrogés. On notera que les logisticiens se considèrent, à hauteur de 63%, comme impliqués dans le commerce électronique (contre 69% pour les entreprises).
7. On passe directement d'une offre avantageuse (prestation postale classique), pouvant aller jusqu'à la gratuité de la livraison, à une " montée aux extrêmes " (messagerie express) dès que la livraison doit franchir la frontière.
8. N° 3 français de la logistique, selon Logistiques Magazine, après Hays Logistique et Gefco.
9. De la part des postes allemande, néerlandaise, française, britannique...
10. Rachat de la société allemande de colis Denkhaus (du réseau européen monocolis Deutscher Paket Dienst, leader du marché BtoB en Allemagne) et accords de partenariat avec la poste espagnole (Chronopost-Espagne, détenu à parts égales par La Poste et Correos y Telegrafos).
11. Alibabook
12. Au même niveau de visibilité que les moyens de paiement. Avec, toutefois, le saut de tarif mentionné ci-dessus entre livraison en France (gratuite) et " à l'étranger " (sans référence européenne intermédiaire), où il en coûte alors 135 francs. Et aussi l'écart entre délais de livraison (48 heures) et, comme c'est l'usage pour le commerce des livres, délais de traitement de la commande (7 jours pour un ouvrage absent du stock de 60 000 ouvrages, les autres étant " préparés dans la journée ").
13. Avec trois niveaux " classiques " : non urgent, rapide (J+1 ou J+2), express (lendemain matin).
14. Le retrait du colis dans un site ad hoc (bureau de poste ou boutique de proximité) peut-être préféré à la livraison à domicile par exprès, surtout s'il se traduit par un prix plus avantageux. A contrario, le client peut-être intéressé par une livraison à domicile avec prise de rendez-vous, évidemment plus chère...
15. Opposé au modèle " local globalisé " : zone de chalandise globale à partir d'un point d'expédition unique.
16. On ne transporte pas un bouquet de fleurs sur une longue distance, on l' " assemble " au plus près de l'acheteur, sur la base d'un cahier des charges transmis à la " plate-forme logistique " locale.
17. Toutefois, la référence pour la vente de livres en ligne, Amazon, relève clairement aujourd'hui du " local globalisé ". Citons l'éclairante analyse de Jeff Bezos, fondateur d'Amazon.com, caractérisant son entreprise : " we are already a very international company. Twenty-two percent of our sales are outside the United States. We ship regularly to over 120 different countries. But in the sense that you were talking about, we are not really a global company at all. We don't have offices outside the United States. We don't have local merchandising, local customer service, and distribution centers. (Turning to a global page, C-Net, avril 1998C'est peut-être là la limite d'un modèle, d'ailleurs en train d'évoluer puisque Amazon envisagerait de... " localiser " des implantations logistiques dans un certain nombre de pays où le marché paraît prometteur (Allemagne, Japon...).
18. " De l'usine délocalisée, clés en main, à l'usine démontable "
19. Rappelons que par ce néologisme nous désignons l'organisation (intégration) et la gestion des flux grâce aux systèmes d'informations logistiques.
20. On peut se demander si le degré de sous-traitance de la logistique ne serait pas, désormais, un indicateur de maturité industrielle (60% aux Etats-Unis contre 20% en France, selon une information qui reste à vérifier).
21. Sur ce point, on se reportera utilement aux travaux d'EdiFrance. Pour une vue d'ensemble, on pourra en particulier consulter le chapitre " Systèmes d'information pour la logistique " dans le rapport de la commission Logistique et commerce électronique Afcee-Irepp.
22. Par exemple, la marque Dilipack pour le monocolis BtoB dans le cas de La Poste française.
23. Cette acquisition de compétences peut se faire via des prises de participations dans des sociétés spécialisées dans les outils informatiques destinés à la logistique ("e-shippers").
24. Objectif : la livraison en 48 heures sur tout le territoire européen à des prix comparables à celui du produit Colissimo - ce qui permettra à certains commerçants d'offrir la livraison " gratuite " (voir Alibabook).
25. La poste néerlandaise a " résolu le problème " en prenant le contrôle de TNT (4ème opérateur mondial de messageries express) pour former TNT Post Group ; la poste française s'appuie sur une filiale spécialisée (Chronopost), et on peut aussi envisager d'autres modalités de construction de l'offre internationale, par de simples accords de coopération n'impliquant pas nécessairement de montages capitalistiques.
26. Le cas échéant en collaboration avec un expert logisticien, spécifiquement chargé de mettre en œuvre le processus de construction de l'offre. Cet expert pourrait également assurer l' intégration du module logistique avec les autres modules de l'offre de la galerie : paiement, catalogue, marketing etc. (la logistique générale du site, en somme).
27. On trouvera ici une suggestion de "modèle de présentation" destinée aux marchands en ligne 28. A noter que le serveur de recensement des web marchands, www.web-marchand.com présente systématiquement la zone de livraison (à défaut des conditions générales de livraison) des sites recensés.
29. Le plus souvent : une offre de base, correspondant au " délai intuitif " de livraison attaché à un type de produit et des options, permettant en particulier d'accéder à une prestation haut de gamme (livraison express + exprès, par exemple).

Reproduction strictement interdite sans l'accord des auteurs.

Contribution publiée dans le site e-logisticien le 11/11/1999